Édito

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Jean-Pierre Hubert

Jean-Pierre Hubert

Je peux prétendre que mon expérience remonte « aux premiers jours » de la sophrologie, de Madrid à Barcelone, de Barcelone à Paris et de Paris à Lausanne.

Comme on le sait, la sophrologie est passée par des crises de croissance, lui permettant aussi de se dépouiller de certaines illusions et d’acquérir la maturité nécessaire.

Depuis 1975 et l’éviction par Alfonso CAYCEDO du corps enseignant de son école « La Société Mondiale de Sophrologie », se sont constitués des groupes très diversifiés se réclamant les uns et les autres de la sophrologie. J’ai largement noté et expliqué ses évolutions dans le premier volume de mon traité de sophrologie. Qu’on le veuille ou non il apparait en faisant le point en cette année 2015, que la sophrologie, ou plutôt le sophrologue, est l’objet d’une crise identificatoire.

Que veut-il ? Que désire-t-il ? Pourquoi ? Pour quoi ?

Rappelons que l’identification est ce processus par lequel un individu se rend semblable à un autre en totalité ou en partie. En allant un peu plus loin on peut distinguer les identifications imaginaires constitutives et l’identification symbolique fondatrice du sujet.

Tout ceci pourrait être sérieux à la condition que le praticien sophrologue soit formé dans le cadre d’une école apportant toutes les garanties. L’ouverture récente du RNCP (Registre National de Compétence Professionnelle) à de nouvelles certifications apporte une reconnaissance sécuritaire. En effet il n’est plus question de certains « diplômes » délivrés de façon irresponsable, qui venaient fort malheureusement dénaturer la qualité de sophrologue tant au sein des pouvoirs publics qu’auprès des intéressés et du public.

Je sais, par expérience, que le sophrologue, à la suite de ses études, peut se trouver dans un état d’enthousiasme presque maniaque et incontrôlé dû précisément à une identification inconsciente à un personnage doué d’une conscience pratiquement illimitée. Je veux dire aussi que le praticien analysé se trouve pratiquement hors de danger de cet état. Qui plus est s’il est doté d’un diplôme professionnel médical ou paramédical, ce dérapage incontrôlé pourra être de plus en plus dangereux. Sans vouloir faire d’élitisme, il est évident qu’une formation médicale peut apparaître comme une certaine garantie.

La surface sociale, qui a été décidée en son temps par Alfonso CAYCEDO, est une bonne chose à la condition précisément que le sophrologue ne soit pas issu d’un enseignement qui non seulement n’en est pas un mais qui présente un danger évident allant jusqu’à une interprétation. Ceci revient à dire que la sophrologie peut entrainer un problème d’identité. En effet il apparait aussi que le sophrologue même ayant terminé ses études, souffre d’un désir particulier de reconnaissance alors que son titre de sophrologue ne devrait être qu’une garantie de connaissances.

On peut dire également que du côté « commercial », nombre de tiraillements entre certaines écoles ne sont pas favorables à créer un terrain raisonnable. Malgré les efforts de certains responsables d’école, aussi bien que de la Société Française de Sophrologie, cette sorte de faille dans la sophrologie me parait actuellement indiscutable. Je ne peux inventer, seul, une solution pouvant être acceptée par une majorité de praticiens reconnus. Je pense qu’il faut d’abord dépouiller la sophrologie de son allure de science et de pratiques merveilleuses aboutissant systématiquement à des résultats mirobolants. En effet, nombre de publications apparaissent comme des sortes de publicités dans un cadre évident de prosélytisme illusoire. Il faut que paraissent des ouvrages, des articles, revêtus d’un sérieux et d’une recherche tout de même scientifiques.

Je pense que le système d’identification et de reconnaissance se trouve là pour l’avenir de la sophrologie. C’est mon vœu le plus sincère. Il nous engage à rechercher entre praticiens enseignants responsables un programme de formation de plus en plus axé sur un temps nécessaire d’enseignement puis l’obligation de suivre des supervisions tout au long de la carrière professionnelle.

Le choix d’une école pour le novice, n’est pas chose facile à travers toutes les idées alléchantes qui peuvent être étalées de façon plus ou moins tendancieuses. Le candidat à une formation de sophrologie doit pouvoir accéder à un programme de formation de plus en plus précis. Il est vrai que chaque directeur d’école imprime, c’est nécessaire et c’est très bien, sa personnalité à son école.

Mais il y a encore tant d’efforts à faire !

Jean-Pierre HUBERT

Pour en savoir plus : La Sophrologie analytique – La Sophranalyse, Docteur Hubert – Préface du Docteur Jacques Donnars / Editions L’Harmattan, 5-7 rue de l’Ecole Polytechnique 75005 Paris – Tel : 01 40 46 79 20