Alfonso CAYCEDO est mort

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Alfonso CAYCEDO

Comme un séisme, la nouvelle est tombée comme pour ébranler les fondations de la sophrologie. Il serait incongru de ne pas être saisi d’une intense émotion devant cet évènement. Que Madame C. CAYCEDO, son épouse, et ses enfants, trouvent ici l’expression de mes condoléances.
CAYCEDO représente pour moi à peu près 20 années d’enseignement et de collaboration dans une sorte d’union intellectuelle qui fut d’une intensité particulière, d’une richesse incontestable en même temps émaillée de difficultés nous obligeant à rechercher chacun de son côté ce que nous pouvions apporter dans la relation thérapeutique et dans la relation humaine.
Ma rencontre avec CAYCEDO a été particulière, je dirai quelque chose de mystérieux, le fait de rencontrer cet homme aux perpétuelles lunettes noires, suscitant un intérêt, une ardeur, une sorte de provocation, un respect, une crainte et une adhésion.
CAYCEDO et moi avons formé une équipe d’une efficacité incontestable qui fut tout aussi importante pour les deux personnages que nous étions.
Simplement des paroles de CAYCEDO viennent systématiquement à mon esprit, prononcées dès la fondation de l’Ecole Française : « Tu es mon général en chef et nous allons vaincre. » Cette attitude a présidé à notre relation, avantagée d’une collaboration étroite, et parfois paradoxale, avec des praticiens français et suisses. Comme on le sait, la sophrologie est aujourd’hui, essentiellement une « science »française et helvétique comprenant la personnalité de praticiens orientés dans cette recherche.
La sophrologie a bénéficié de leurs réflexions, voire de leurs méditations, de leurs décisions et de l’appui sans réserve qu’ils ont apporté à Alfonso CAYCEDO.
Ce dernier a eu le grand mérite de nous désincarcérer de l’hypnose et d’intéresser nombre de praticiens y compris des psychiatres. Ce n’est pas une mince affaire que de considérer que certains psychanalystes eux-mêmes ont été attirés par les nouvelles données de la sophrologie un peu comme un papillon attiré par la lumière d’un réverbère sans pourtant s’y bruler les ailes, ce qui aurait été le résultat d’une mystification.
A cette époque de fondation, la sophrologie a bénéficié de deux grandes figures : le Professeur Pedro PONS de la Faculté de Barcelone et le Dr Ramon SARRO, dernier élève vivant de Sigmund FREUD. En particulier, Ramon SARRO a appuyé CAYCEDO qui a bénéficié comme nous tous de son savoir, de sa modération et de son expérience.
Les souvenirs qui surgissent aujourd’hui, sont sentimentalement liés à la période de fondation et à la venue en France d’Alfonso CAYCEDO, conséquence de la première invitation que je lui avais adressée avec le Dr Raphaël CHERCHEVE, en vue d’une série de conférences à Paris.
Puis Alfonso CAYCEDO a cru bon d’aiguiller la sophrologie, dans un but humaniste, vers ce qu’il a appelé une sophrologie sociale, laquelle a présenté rapidement des difficultés dans sa conception, son action et ses conséquences.
Souvenir émouvant qui me lie à lui, c’est en 1985 que j’ai invité pour la dernière fois, Alfonso CAYCEDO à une communication dans le service de psychiatrie de La Salpêtrière où il a rencontré pas mal de problèmes au sein de la psychologie, de la psychiatrie et de la psychanalyse.
CAYCEDO me disait que les Français sont difficiles car toujours en train de discuter : « Tu es français, je compte sur toi pour arranger les choses. » C’était beaucoup d’honneur et une grande preuve de sympathie et de reconnaissance.
Pourtant, les difficultés de conception, qui relevaient aussi de la personnalité débordante de CAYCEDO et une représentation parfois difficile à vivre, ont apporté au sein de notre spécialité une énergie particulière dont le mérite est sans aucun doute lié à la personnalité d’Alfonso CAYCEDO auquel je rends hommage avec une grande affection. Que ce personnage incontestablement hors du commun, dont l’emprunte a une grandeur spécifique, soit aussi pour nous un exemple avec ses qualités et ses manques !
Surmontons notre tristesse, nous sommes les continuateurs de l’œuvre. Ouvrons dans la mesure de nos moyens, le chemin de la Lumière qui est aussi le chemin de la sophrologie.
Alfonso CAYCEDO est dans nos cœurs.